• J'ouvre un œil… Puis, le deuxième.

    Ébloui par la lumière, je referme mes stores et recommence l'opération tout doucement.

    L'éclair devient plus sombre et un flou s'installe; je recommence l'opération jusqu'à la clarté de l'innocence, la pureté de l'immaculée contraception…                        Alex, le retour.                                                                              

    Tiens ? Je devais être un peu humoriste pour sortir de telles âneries lors d'un réveil du néant.

    Le plafond est aussi blanc que le lit vide à côté du mien… Pardon, ce doit être une habitude chez moi de faire des jeux de mots.

    Qui suis-je ? Que fais-je là ?

    Un visage porcin se penche sur moi, avec l'haleine qui va avec ; j'ai envie de hurler, à Alex, le retour.celui qui est derrière le groin, d'aller se laver les ratiches mais aucun son ne sort de ma gorge.

    Une volute de mémoire revient me dépeindre le tableau d'avant départ : Faissebouka, "la salope qui fait semblant", se fend la poire en me regardant saigner le cœur.

    C'est elle qui m'a tué en me transperçant l'âme pure d'une insidieuse lance de foi  mauvaiAlex, le retour.se ; elle continue à hennir d'un rire transperçant comme pour savourer ce qu'elle croit être une victoire totale.

    Mais c'est sans compter avec la ténacité de ceux qui ont déjà vécu trois vies, et j'en fais partie :

    La vie d'avant vie, toute embryonnaire à parer parfois les coups de tisonnier ; la vie d'enfance, où les bleus servent à grandir et la vie où l'on a pu se construire un bonheur à défendre bec et ongles propres.

    Que croyait-elle, la Lucyféra des coups bas ? que j'allais rester au tapis à attendre qu'on me compte out ?Alex, le retour.

    Déçue, chérie, de me revoir debout à huit ? Mais cette fois-ci j'ai un antidote de plus dans ma besace : l'honneur des gens propres qu'on ne peut salir en médisant car leur conscience ressusciterait un Jésus bien avant les Pâques.

    -        Alors Alex, tu émerges ?

    La voix dédiée au groin aboie plus qu'elle ne susurre.

    -        Ben tu peux dire que tu nous a fait vraiment peur…

    J'ai envie de lui demander où il a entendu cette phrase bateau minaudée à tout individu qui a failli tirer sa révérence.

    -        Où suis-je ?

    Je souffle plus que je ne parle.

    -        Tu es dans la vraie vie d'amour avec tes poteaux qui t'espèrent.

    -        Dis donc, machin, tu pourrais être un peu plus précis ? Ou alors, boucle la et laisse parler les grands.

    -        Ho ! jubile le groin tout content, il est vraiment réveillé et sa première vacherie est pour moi ! Mon cher Alex, tu en villégiature à l'Hôpital Saint-François d’Assise du Québec libre.

    Je pose enfin la question number one pour tout individu en phase atterrissage

    -        Que c'est-il passé ?

    -        Tu ne te souviens de rien ?

    -        Mais si enflure, c'est juste que j'adore te faire parler, andouille ! alors ?

    -        Ben… on t'a retrouvé quasi mortibus dans une chambre de l'hôtel Best Western devant un écran branché internet France…

    -        Et ?Alex, le retour.

    -        On n'a pas pu voir les messages car ta page a disparu…

    -        C'est possible ça ?

    -        Ben… normalement non.

    Tout me revient d'un coup : le coup du père François ourdi par "Lucyféra la salope" et sa lance mortifère sortie de l'écran pour m'abattre… Je garderai tout pour moi car cette histoire perso n'intéresse pas l'agence TEF.

    -        Le Pacha est au courant ?

    En disant ça, je prouve à sa majesté Porky 1er que j'ai recouvré toute ma mémoire d'avant blitzkrieg.

    -        Ou ouiiiii, se met à glapir l'énorme, même que je dois l'avertir de ta sortie du néant.

    -        Écoute, gros, on va se prendre un peu de bon temps et tu l'avertiras après, OK ? Sinon, je repars.

    Après tout, je l'ai bien mérité mon congé sabbatique, non ?

    Et puis il faut avertit Angélique et Bérangère de mon retour de derrière l'écran.

     

    Alex, le retour.

     


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  • Jonas, Angélique et You sont en congé chez madame Mère. Mère tricote, Angélique essaie de recoudre un bouton, pendant que Jonas se casse la tête à solutionner les maux croisés de Philippe Dupuis, cruciverbiste des mots du Monde, tout en écoutant un reportage à la télé sur la défunte secte de l’Ordre du Temple Solaire. Foudroyé en plein délire (par Di)

    Cette secte était dirigée par feu Luc Jouret, médecin spécialisé en homéopathie et amateur de guérisseurs à mains nues, et feu Josef di Membro, ancien bijoutier, amateur de spiritisme et escroc, deux grands manipulateurs affamés d’argent. L’OTS avait des ramifications en France, en Suisse et au Québec. De 1994 à 1998, 74 de ses adeptes ont été retrouvés morts de façon telle qu’on pouvait croire à un suicide collectif, mais les enquêtes ont démontré que plusieurs de ces victimes ont été assassinées avant d’être brûlées. Il s’agissait en fait de suicides, d’homicides, d’infanticides et d’incendie criminel.

    L’émission prend fin. La mère montre un signe d’irritation.

    - Ça va pas Maman ? demande Angélique..

    - Oui oui, ça va. Mais si tu fermais la télé je pourrais placer deux ou trois mots. Dis-moi ma fille, peux-tu me donner le nom d’une femme célèbre qui gère les états d’âme de ses Foudroyé en plein délire (par Di)victimes consentantes, qui distribue des punitions de son invention, qui n’a foi qu’en sa loi, qui se gave de beaux hommes, dans toutes les positions ? Non han ? As-tu remarqué que ce sont toujours les hommes qui mènent les sectes, la mafia et le grand pouvoir religieux ? Pourtant, la femme sait manipuler les relations publiques, les portefeuilles et les fonds de culotte. Moi j’te dis que les femmes sont capables de porter les culottes, autant que les hommes qui portent la robe. Elles n’ont pas à mettre leur QI de côté pour plaire aux mâles. Elles ont besoin de reconnaissance et il faut donner à ces femmes notre soutien moral.

    Jonas s’exaspère :

    - Belle-maman … Vous me déconcentrez dans mes mots croisés. C’est quoi votre problème avec les hommes ?

    - Il faut faire avancer le féminisme, mon gendre. Avez-vous déjà pensé, Jonas, que dans le dictionnaire, le bourreau a une bourelle, mais que le gourou n’a pas de gourelle. N’est-ce pas injuste cela pour elles ? Mettez-vous un peu à leur place. Soyez donc un peu empathique.

    Elle reprend son tricot en lui jetant un œil critique et se tourne vers Angélique en éclatant d’un rire bête à manger du foin ..

    - Et puis ma fille, ton chien de poche Jonas ne sait sans doute pas quelle heure il est en ce moment. Ignare comme il est !

    - Ah non! s’exclame Jonas ! Descendez de votre échelle sociale la belle-mère … - Il faut s’accrocher aux valeurs auxquelles on croit, le gendre. Et moi, je crois que la femme doit être mise sur un piédestal.

    Foudroyé en plein délire (par Di)

     

    - C’est d’valeur que vous n’ayez pas d’humour parce que c’est un puissant remède pour guérir les maux d’âne, dit Jonas, un peu fâché. - J’amoure ton humour mon amour ! dit Angélique (avec désapprobation)

    - Mon humeur tourne au mal quand j’hume ta mère près de moi. Je suis désolé ma beauté, mais elle est pire que la belle-mère de Cendrillon. Elle est chiante et râleuse. Tu peux pas le nier ! Elle est le mal du mâle.

    - Et vous Jonas, ajoute la belle- mère, vous êtes le mâle du mal (en souriant sous cape)

    - Mais Maman n’est quand même pas la définition d’une torture, affirme Angélique.

    Angélique reçoit un appel conférence du Pacha qui l’oblige à les laisser seuls avec You. Belle-maman et Jonas se boudent chacun dans leur coin, mais malgré leurs conflits, elle ne craint pas pour leur vie. Il ouvre son dictionnaire à la recherche d’un synonyme du mot synonyme. Mère reprend son tricot et jette un coup d’œil à Jonas en faisant un rire niaiseux. Au bout d’un moment, elle se rend au frigo et se verse un verre de jus de fruits Passion Tropicale, puis elle retourne vers son tricot en soupirant. Malheureusement, en passant devant Jonas, elle perd l’équilibre et tombe à ses genoux. Hébétée, elle éclate d’un rire bête à manger du foin et lui tend la main pour qu’il l’aide à se relever. Mais le verre de Passion Tropicale se vide sur lui et sur ses mots croisés.

    - Tenez, buvez, ça va vous tenir l’esprit occupé pendant qu’Angélique parle encore avec son beau pacha.

    - Ta-bar-na-cle ! Mes mots croisés sont maintenant des mots cachés à cause de votre Passion de Trou d’pique.

    Angélique revient au moment où Jonas aide maladroitement sa mère à se relever. Il essuie ses mains sur sa robe et est pris de frayeur quand il sent les mains de belle-maman dans son dos, essuyer les siennes à son tour.

    - Non, non Angélique. C’est pas ce que tu crois. C’est ta mère qui a commencé ! Elle m’a provoqué avec sa Passion des Tropiques. Regarde son fou rire derrière son sot rire, il fait mourir de rire.

    - Écoute Jonas, on verra ça plus tard. Le Pacha nous confie la mission de nous rendre en décembre 1995 voir ce qui est arrivé « au trou de l'enfer » en Suisse avant le deuxième des trois massacres de l’Ordre du Temple Solaire. La TEF veut savoir ce qui est arrivé Foudroyé en plein délire (par Di)des 15 membres dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Et d’ailleurs, Foudroyé en plein délire (par Di)Foudroyé en plein délire (par Di)Foudroyé en plein délire (par Di)Zed, le gourou local de l’OTS nous attend pour discuter de transit sur Syrius, où selon sa philosophie, le Nirvana atteindra les élus qui auront l’autorisation de franchir ce grand pas. Alors, le Pacha a tracé de nous le profil parfait pour répondre à ses questions de nature sensorielle. Zed, le gourou, croit que nous sommes des spécialistes de la firme « Va et Viens Illimité » et que nous nous spécialisons dans les voyages interplanétaires pour vie après vie.

    - Je vais lui présenter ta mère, ma cheurie. Elle va le saucissonner en moins de cinq minutes.

    Angélique ne répond pas à Jonas, préférant peler l’oignon de la montre du passé. Elle actionne le mécanisme sans remarquer que sa mère est avec eux et a tout entendu. Quand le gourou les voit arriver par un sentier qui mène à la gare, il se lève d’un banc affiché « frais peint » et délaisse sa lecture. Il court vers eux en tenant sa robe pour ne pas la salir. Tout près d’eux, il s’époussette et rempli de joie, il leur crie …

    - Youhou … je suis là … devant vous ici. C’est qui ce beau ptit chat d’amour, à sa moman? Hahaha ! Il est extraordinaire. J’espérais tant votre odeur et voilà que je l’hume … Je devine votre aura ... je le vois en couleurs. Il est magnifique, superbe, génial. Laissez-moi vous enlacer … mes enfants… mes touts-petits.

    Foudroyé en plein délire (par Di)- Zed ! dit Angélique. Votre réputation vous précède. Gros merci de votre invitation à travailler avec vous formidable. Nous garderons toujours de votre accueil exceptionnel un souvenir impérissable. Nous acceptons avec un immense plaisir de vous aider gratuitement dans votre entreprise. En échange, accepteriez-vous d’être notre père spirituel. Nous avons tant à vous donner pour vous remercier.

    - Appelez-moi Père, mes enfants. Mon âme est le bouclier qui arrêtera les infamies qui vous poursuivent ..

    - Mon cheuri et moi, nous venons de familles dysfonctionnelles et connaissons les répercussions qu’elles engendrent. Assurez-nous de votre protection, je vous prie.

    - Je me ferai protecteur de vos dons et de vos états d’âme.

    - Comment ça Monsieur Père ? intervient brusquement madame Mère. Menteur ! C’est moi la mère et la belle-mère et je fais parfaitement la paire … Vous ne prendrez pas ma place. Aie ! J’en ai assez ... de vos pelotages (en s’agitant comme si des mouches Foudroyé en plein délire (par Di)tournaient autour). Ne m’enlacez pas. Vous me lassez..! Cessez de me tripoter, vous ! Wooo ! Zed ignore l’insulte pour acheter la paix et les invite à le suivre à bord de son yacht. Il les conduit sur l’île où se situe son sanctuaire qu’il désigne au bout de son index. Ils accostent et abordent un sentier qui les amène à une grande maison de campagne, dont l’architecture est faite de raboudinages, mais peinte de jolies couleurs, au milieu d’un champ où paissent calmement des moutons noirs. - Entrez dans mon temple (dit Zed) et installez-vous dans la salle «des recrues». J’ai une besogne à faire qui demande de l’intimité et je reviens dans une heure.

    - Ah que vous me fatiguez, vous Zed, grand zozo ! s’écrie Mère.

    - Chut Belle-Maman. (Criss que des fois je la babicherais, ma belle-mère, pense Jonas) Zed fait la moue de Brigitte Bardot et fixe son regard incendiaire dans les yeux de Mère, comme s’il voulait l’obliger à l’admirer.

    - Écoutez-moi bien ! Il est impératif de vous affranchir au plus tôt des mauvaises influences qui rôdent autour de vous, telle que mère et père, famille, amis. Les gens disent vouloir votre bien mais ce sont vos biens qui les intéressent. Votre avenir est à mes côtés. Par une entourloupette, il disparait par une porte tournante qui semble s’ouvrir sur un corridor. Angélique, Jonas et madame Mère explorent les lieux à la recherche d’indices pouvant les aider.

    - Vous avez vu ses yeux ? s’exclame madame Mère. On dirait qu’ils lancent des flammes alimentées par Satan. Ils sont pers-vers !

    - J : Il peut nous casser la gueule juste en nous faisant un clin d’œil, répond Jonas.

    - A : Le Pacha dit que Zed se proclame investi d’une mission où il y a de la vie au bout … Il est déjà père de 40 filles, mais il a besoin de l’enfant cosmique pour assurer sa relève. Il veut un garçon, explique Angélique. Ils perdent de vue madame Mère qui a décidé de faire bande à part et d’inspecter seule d’autres sections du sanctuaire de Zed. Tout à coup, Zed revient par la porte mobile d’où il est sorti, rejoint Angélique et Jonas sans remarquer l’absence de madame Mère. Il poursuit son monologue en divaguant et ne tait aucune de ses folles pensées.

    - Pour faire un bon maître, il faut d’abord avoir du charisme ... Et il faut de la poigne, vous comprenez ? De la p-o-i-g-n-e … Mes adeptes sont issus d’une classe sociale supérieure, de personnes les plus cultivées de la société. Vous y rencontrerez des maires et des notaires, mais pas de prolétaires, des artistes géniaux et des humoristes tristes, des hommes d’affaires millionnaires et des marginaux qui ne sont pas des zéros. J’use sur eux de mon influence et je mène leur existence en l’absence de leur conscience… Foudroyé en plein délire (par Di)Depuis des millénaires, les gens croient que le fils de Dieu est venu sur terre pour nous sauver de la colère de son père, qui était très sévère, mais croyez-moi ! Avec moi, je vous garantis que le bonheur bouscule le malheur pour se faire la place d’honneur ...

    Passionné par son rôle de sauveur de l’humanité, Zed continue son discours enflammé. Il devient surexcité, le sang se bloque dans trois artères, quelle déveine ! Un fou rire le terrasse. Il meurt sur place, foudroyé. Le diable l’attend dans son trou avec des bises enflammées au bout des doigts.

    Angélique retrouve sa mère et lui annonce le décès récent de Zed. Jonas trouve de l’essence en abondance et des bonbonnes reliés à une minuterie dans la «salle des élus», programmés pour sauter dans douze heures. Madame Mère aperçoit une quinzaine d’adeptes qui arrivent par rang de grandeur en récitant des âneries et les convainc de la suivre dans la «salle des adorations». D’un ton charmeur qu’on ne lui connaît pas, en dix minutes, elle leur annonce la mort de Zed, leur explique la situation et les persuade de s’enfuir vers un meilleur destin. De retour en 2014, Angélique fait son rapport au Pacha et termine ainsi « Les quinze victimes membres de l’OTS dont la présence était inscrite dans le carnet que vous m’avez fait remettre n’ont jamais été retrouvées parce que ces membres n’étaient pas sur les lieux du crime avant que le crime ne soit commis. Nous avons rencontré un témoin qui a convaincu ces malheureux de se sauver sans laisser de traces. Les journalistes et caméras de télévisions ne sont arrivés sur les lieux que lorsque le feu avait fait son œuvre. Ils n’ont écrit et photographié que ce qu’ils ont vu. »

    Tabarnak, j’ai mon voyage ! Ta mère a sauvé 15 personnes du Nirvana. C’est une héroïne, conclut avec étonnement Jonas.

    Di


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  • La revenche des loups

    Je n'en croyais pas mes yeux : j'avais devant moi Tistou des Arbrets ! Tistou étant le diminutif de Baptiste, bien sûr.

    Cette légende familiale qui habitait ma mémoire depuis ma plus tendre enfance me parlait à moi qui ne l'avait jamais pu le connaitre de mon vivant…

    Tistou des Arbrets, mon grand-père maternel, héros de la résistance pendant l'occupation allemande, était en train de me raconter comment, en novembre 1942, lui et sa section de résistants avaient pu se tirer d'un guet apens tendu par les soldats de la Wehrmacht La revenche des loupsalors qu'ils faisaient passer un groupe de juifs pour qui la survie se trouvait en Suisse, de l'autre côté de ce coin du Vercors.

     

     

    Comment pouvais-je parler à un homme disparu depuis plus de soixante ans ?

    Tout simplement grâce à l'oignon du passé que j'avais programmé au 28 mai 1944 afin de me retrouver dans la maison familiale des Arbrets, un hameau perché à mille cinq cent mètres dans le Vercors, là où habitaient mon grand-père et ma grand-mère.

    Pour ce voyage dans l'intimité de mon passé, j'avais jugé inutile de m'encombrer de sa majesté Porky 1er et je l'avais donc laissé à trier des papiers au bureau de la TEF à Montréal.

    Et me voici dans le vortex qui m'emmène vers Tistou des Arbrets.

    Je toque à la porte de la vieille maison du village; il est vingt La revenche des loupsheures et j'espère qu'on va m'ouvrir… la guerre et l'occupant ne favorisent pas la convivialité surtout après la tombée de la nuit. Un fenestron s'ouvre à côté de la porte et une voix érayée me demande:

    -        Qu'est-ce que c'est ?

    -         Bonsoir monsieur, vous êtes bien Tistou des Arbrets

    Je savais que l'appellation par son surnom, uniquement connu du réseau de la résistance, me ferait mettre en confiance.

    -        Comment est le ciel en ce moment ?

    Là, il m'énonce la première partie de la phrase de reconnaissance que je savais pour l'avoir entendue à maintes reprises dans les récits que me faisait ma mère.

    -        Ce n'est pas le ciel le plus important, ce sont les nuages.

    Je lui donne la deuxième partie du mot de passe et immédiatement il ouvre sa lourde porte

    -        Je suis un ami de votre fille, Madeleine.

    Me faisant entrer, il me serre vigoureusement la main tout en me dévisageant;

    -        Nous ne nous connaissons pas ?

    Maman m'avait dit que je lui ressemblais, d'où son hésitation.

    -        Ca m'étonnerait, je suis du maquis Aigoual Cévennes et je ne suis jamais venu par chez vous…

    -         Ha… Et que me vaut l'honneur de votre visite ?

    La revenche des loupsJe détaille ce visage qui risque d'être le mien plus tard et je sens immédiatement de la sympathie pour ces yeux verts noyés dans une figure volontaire aux traits carrés.

    -        Je dois passer en Suisse pour rencontrer un gros bonnet venu de Londres et j'aimerais que vous m'offriez l'hospitalité jusqu'à demain matin.

    Par discrétion partisane, il ne me pose aucune question.

    -        Mais bien sûr ! Nous allions justement manger avec mon épouse. Remettez vous.

    Remettez-vous... Cette expression méridionale et savoureuse, que j'avais entendue tant de fois dans ma jeunesse, signifiait qu'on pouvait s'asseoir, se reposer, car votre hôte vous prenait en charge.La revenche des loups

    L'apparition de l'épouse, ma grand-mère donc, me fait un choc tant elle ressemble à ma mère : même corpulence gracieuse, même cheveux épais et ondulés, même port de tête un peu fier et surtout, même visage à peu de différence près…  Je suis complètement chamboulé.

    Je bredouille un " Ravi de faire votre connaissance" qui doit sonner faux, mais comme ils ne peuvent pas savoir que je suis ce petit fils qu'ils ne connaîtront jamais, ils ne relèvent pas.

    -        Ajoute un couvert, Herminie, ce monsieur est un "camarade" qui va manger et dormir ici.

    L'appellation "Camarade" étant réservée aux communistes de la résistance, je déduis que je suis adopté illico. Après un repas, fait de produits rares qu'on ne peut trouver qu'en campagne, Tistou m'invite à m'asseoir au coin du feu et nous commençons à parler; surtout lui car il m'a en confiance… les futurs liens du sang ?

    Il commence à me raconter la fameuse épopée pendant laquelle lui et son groupe ont sauvé une famille juive puis s'interrompt pour savourer la tisane que vient d'apporter ma grand-mère.

    Il reprend son récit

    -         Le groupe de juifs était composé d'un couple, ses deux enfants et une vieille tante qui ne marchait pas vite : il nous fallait impérativement éviter tout contact avec les soldats allemands car elle n'aurait pas pu courir. Je décidais d'emprunter une passe vers la Suisse qui avait l'avantage de ne pas être en pente, mais l'inconvénient d'être connue des fritz.

    -        Vous ne pouviez pas connaitre leurs déplacements à l'avance ?

    La question m'échappe bêtement car à l'évidence ce ne pouvait pas être le cas.

    -        Ben… C'était leur chemin de ronde habituel mais nous ne pouvions pas passer ailleurs. Leur ronde était régulière, toute les deux heures, et ça nous laissait le temps de passer. Toutefois, avant d'arriver à la passe, j'envoie Gus en éclaireur et il me signale un "RAS" par un signe des bras conventionnel: nous devions, en principe, avoir une bonne heure devant nous.

    -        Et ?

    Accroché à son récit, j'en deviens impatient…

    -        Hé bien, nous nous sommes engagés en marchant le plus La revenche des loupsvite possible, mais au bout de vingt minutes, un bruit de bottes nous glace le sang : la patrouille arrivait en sens inverse : ils avaient modifié le sens de rotation de leur ronde et ça, nous ne pouvions pas le prévoir !

    -        Vous étiez coincés dans la passe ?

    -        Coincés et incapables de courir pour nous échapper.

    -        Alors ? par quel subterfuge vous vous en êtes tirés ? Car dans le cas contraire, vous ne seriez pas là à me raconter…

    -        Subterfuge n'est pas exactement le mot, on va dire coup de pouce du destin : sur le haut de la passe, un loup s'est mis à hurler comme ils le font en levant leur museau vers la lune… Puis un autre lui à répondu… Les bruits de bottes se sont arrêtés. Au bout de deux minutes c'est toute une horde de loup qui hurlait lugubrement dans la nuit et là, nous avons entendu le bruit des bottes qui s'éloignaient en courant.

    La revenche des loups-        Ha ça ! Sauvés par des loups ! Vous les aviez apprivoisés ?

    -        Ho non, mais nous les laissions tranquilles alors que, quand ils pouvaient les voir, les allemands s'amusaient à leur tirer dessus pour s'amuser,.

    -        Vous voulez dire que les loups se seraient vengés en vous sauvant la vie ?

    -        Qui sait ?

    Ses yeux pétillant de malice me laissent le choix de l'interprétation finale.

    -        Toujours est-il que nous avons pu sortir de la passe, et emmener nos pauvres juifs apeurés vers la Suisse. C'est d'ailleurs depuis ce jour, que ce passage s'appelle "la passe au loup".

    -        C'est vraiment formidable comme récit, me permettez vous de le noter dans un coin de ma tête afin de le raconter à mes enfants, après la guerre, bien sûr ?

    Il accepte humblement et nous allons nous coucher car le lendemain, je dois me lever tôt.

    C'est la dernière fois que nous nous voyons car, il ne le sait pas encore, mais il va être capturé et fusillé par les SS en août 1944 sans me connaitre puisque je naissais quatre ans plus tard.

     

    La revenche des loups par Aganticus

     

    Il est temps pour moi de revenir dans un monde meilleur.
    Adiou, Tistin des Arbrets,

     

     

     

     

     


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  • La dynastie des Kill (par Di)

     

    La dynastie des Kill (par Di)

     

    Le Pacha est avec Angélique dans son bureau de l’agence TEF. Sans lui révéler de détails inutiles, il dresse le portrait du dirigeant communiste de la Chicorée du nord, Kill Jong-un, fils de feu Kill Jong-Il, le Cher leader, fils lui-même de feu Kill-il Sung, le Président éternel. En deux mots, ces trois Kill sont des dictateurs-dieux qui règnent de père en fils depuis 60 ans sur la Chichorée. Kill Jong-un, le dernier en poste, réclame un expert en publicité pour rehausser son image personnelle au niveau international… et inciter le peuple de la Terre à marcher jusqu’au Juché. Le Pacha se tourne de profil et murmure …

     

    Le Juché (prononcer Youché) est la théorie selon laquelle le plus parfait socialisme réside en une application stricte d'une politique d'autarcie nationale avec l'État comme gestionnaire et qui se complète en symbiose avec la théorie du Songun... mais qu’Angélique interprète plus simplement ainsi : « Le Juché c’est la théorie du bonheur dans un faux paradis artificiel ».

     

    -    Assez imposant de sa personne, Kill Jong-un cumule les fonctions de Dirigeant de la Chicorée et commandant suprême de l’Armée populaire. Signe La dynastie des Kill (par Di)particulier : il a le bras long. Il prend le peuple sous son  aile et s’amuse à faire la « bombe » ou la guerre. Cela dépend de son humeur. Bref ! C’est un bébé-dieu à l’esprit élimé qui use le discours de ses aïeuls pour le faux bonheur des prolétaires. Angélique, je t’annonce que tu es spécialisée en tourisme publicitaire et que tu vas accepter une invitation de Mee kyung Chang, que je vais te présenter dans quelques instants. Elle est spécialisée en synergologie et mandatée sur l’ordre des hautes instances chicoriennes pour observer ton langage non-verbal et l’analyser. Kill Jong-un s’appuie sur ses expertises lorsqu’il veut savoir s’il fait affaire avec des conseillers honnêtes et intègres. Alors Angélique, contrôle-toi et arrange toi pour plaire à Mee kyung… Fais ce que doit, n’importe quoi, pourvu que ce soit droit ».

     

    Il fait venir Mee kyung Chang dans son bureau. Avec tout son courage, elle les salue avec un grand sourire étudié. Sa robe rose pâle est terne. Elle est retenue par des coutures qui attachent un tissu de soie qui s’élargit en tombant comme une tente de camping et donne l’illusion qu’elle est sans corps et sans graisse entre la tête et les pieds… Le Pacha présente les deux femmes et s’en va, comme un triste bonhomme cherchant du suspense autour de lui, sans le trouver.

     

    Mee Kyung examine Angélique tout en parlant sans arrêt. Elle loue la belle vie qu’elle mène en Chicorée. Elle décrit des splendeurs qui n’existent pas et fait miroiter la vue de châteaux en Espagne, elle brosse le portrait d’un  pays plus beau que celui de l’Atlantide disparu à jamais, d’un paradis géré par l’armée, de bijoux et d’or qui orneront son corps, suite à leur rencontre. Angélique attire son attention sur ses chaussures usées. Avec un faux rire et sur un ton excité, elle la rassure de l’état de ses cors aux pieds, quoiqu’elle soit encore éprouvée par l’enflure, mais elle est habituée au mal et elle ne les sent plus. Avec enthousiasme, elle ajoute que quelques soient les ampoules qui orneront ses pieds, elle marchera jusqu’au Juché  pour le bonheur de sa patrie.

     

    -    Oui, les trois Kill sont bons pour nous, madame. Le peuple pleure encore et s’effondre de douleur à la simple pensée de leur mort.

     

    Avec un regain d’enthousiasme, elle exprime sa grande admiration pour la bonté de Kill Jong Un, dit le goulu, fils du Cher Leader décédé dans son train, et petit-fils du Leader Éternel, fondateur du Parti des Travailleurs en Chichorée.

     

    -    Ouiii ! Ils n’ont rien et ils nous donnent tout. 

     

    Angélique craint que Jonas refuse de l’accompagner en Chicorée car il a failli y laisser sa peau lors d’une mission périlleuse alors qu’il était agent double à la CIA. Elle se voit donc contrainte de prendre un chemin détourné pour toucher son orgueil. Elle se rend chez lui en passant par la ruelle et le trouve en maillot de bain en train de laver sa vieille  auto. 

     

    -    Hé Jonas, tu flattes ta vieille minoune à rendre jaloux un chat …

    -    Si tu connaissais le thrill que ça fait de caresser son auto. Tu comprendrais le soin que les hommes y prennent…

    -    Le Pacha me confie une mission qui demande beaucoup de diplomatie et de flair…

    -    Ah ! Du flair ? Comme les sniffeux ?

    -    Je savais ... Je-le-savais … Dès que je prononce le nom du Pacha, tu en profites pour dire des choses indélicates sur lui. Par exemple, là tu vas me parler de sa grosse bedaine…La dynastie des Kill (par Di)

    -    Mais non….. Sa bedaine est juste un peu arrondie aux quatre coins ...

    -    Tu vas dire qu’il te donne des sueurs froides et la chair de poule ...

    -    Ben non ! Je suis pas frileux ...

    -    Qu’il te fait faire des psychoses …

    -    Bah non ! Je suis sain d’esprit …

    -    Qu’il fait peur aux oiseaux !

    -    Non, j’te jure. Il est juste un peu enveloppé.

    -    Bof ! C’est vrai qu’il est dodu le Pacha et qu’il ressemble à Alfred Hitchcock, mais il pense aussi que tu caches ta personnalité..

    -    Ma personnalité ? Moi ? Ah ben tabarclac. C’est pas lui mon boss. C’est toi..

    -    Et par ce titre que tu m’accordes, apprends que tu m’accompagnes en mission en …

    -    Où ? Y a-t-il des femmes sexy qui peuvent accrocher mon regard pour que j’oublie cette offense faite à mon égard ?

    -    Disons que la mode pour les femmes est plutôt débandante en Chicorée..

    -    En Chicorée ??? Mais Angélique, il faudrait être invisible pour être invincible dans ce pays. C’est un camp de concentration à ciel ouvert. On va y laisser notre peau…

    -    Regarde le profil de la carrière du Pacha et tu verras pourquoi je lui fais confiance..

    -    Le Pacha, le pas chat … C’est toi qui parle de lui. Ecoute ! Ils n’ont que des G-J-W-Y-K dans leur alphabet. Avoue que c’est dur à comprendre. Ils vont nous laver le cerveau comme ils le font aux bébés dès qu’ils lancent leur premier cri. Il faudra nous courber comme des esclaves apprennent à le faire avant d’apprendre à marcher. Ils vont nous imposer leurs La dynastie des Kill (par Di)chants de propagande, leur photo partout dans les rues, jusque dans notre refuge. Ils vont nous forcer à regarder leur émission de propagande à la télé, toujours la même, tous les jours. Ils vont nous amener dans les camps de travail avec nos familles sur trois générations en vertu du principe de culpabilité par association en vigueur. C’est ainsi qu’ils punissent les non-soumis, ils vont nous torturer … Et puis les chats comme You, ils en font des pâtés pour les souris..

    -    Du calme Jonas. Je vais te donner un tranquillisant …

    -    J’en veux pas. Il faut savoir faire face au danger sans pilule.

     

    Les voilà à bord de l’oignon de la montre du passé. Peu après, ils arrivent dans un futur proche, directement dans la chambre du grand dirigeant Kill Jong-un. Comme tout bon soleil qui retardataire, il se fait espérer pendant une heure pour mieux les éblouir à son arrivée.

     

    -    Je vais tenter de le détendre d’abord, j’ignore comment, mais peu importe si on est encore étonnés par les ordres du Pacha. Il ne dit jamais tout, tout d’un coup.

    -    C’est une poche de silence.

    -    Jonas, as-tu quelque chose à dire sur le Pacha ?

    -    Sur lui non, mais sur l’autre, oui. Le tabarkill d’enfant d’chip noire de bout d’guenille de bleu pâle. Il a intérêt à ne pas te toucher…

    -    C’est pas son trip les femmes. C’est un gros bébé sans maturité et il préfère les jouets … Aurais-tu peur ?

    -    Mais oui !!!! Oui !!!! J’ai peur si tu veux savoir. Ils sont durs à suivre dans leur mental. Ils lancent une bombe au pays voisin et s’offensent de n’pas être remerciés en La dynastie des Kill (par Di)retour.

     

    Kill Jong-un arrive et se présente. Sans perdre de temps, il les entretient de sa vie de bébé-dieu. Lors de la naissance de son père, des oiseaux se sont envolés dans le ciel pour lancer la bonne nouvelles aux chicoréens et une étoile est née. Angélique comprend que l’égo du fils n’est reconnu qu’en son pays et qu’il souffre de ne pas être flatté comme il le mérite. Elle fait mine d’être séduite par son verbe en songeant que son charisme est indéniablement surfait par les faiseurs d’image.

     

    Elle lui fait envisager en premier lieu, de lancer une grande bombe publicitaire à l’échelle planétaire en le montrant sous un meilleur jour. En second lieu, de distribuer des exemplaires des 1300 volumes écrits de la main de son père, ayant comme thème unique « L’idéologie du Juché » Elle se garde de ne rien dire sur la dictature extrême imposée par la dynastie des Kill : son grand-père, fondateur et premier dirigeant de la Chicorée, le camarade Kill Il-sung, grand Leader et Président Éternel de la République, par le Cher leader son père, un génie militaire … et par le sot d’esprit qui est lui-même, échappe Angélique par malheur.

     

    Mais Kill Jong-un ne l’entend pas. Il est plutôt intéressé par le comportement de You qui fait les cent pas devant lui, la queue placée entre les pattes. Après quelques hésitations, le chat lui fait une courbette spectaculaire en pliant d’abord les pattes avant, tout en soulevant la La dynastie des Kill (par Di)croupe et en étirant celles de derrière, lui démontrant ainsi sa soumission la plus totale. Il se couche ensuite sur le dos en étirant les pattes aux quatre points cardinaux en quête de flatterie.

     

    -    C’est idiot les chats, dit Kill-Jonk-Un qui se penche en lui tirant deux moustaches. You miaule douleureusement et sort ses griffes et Angélique dit grossièrement …

     

    -    Ote tes doigts de « surmoi » de « sur lui ! Tabarnak de grosse patate » … 

     

    Kill-Jong-un se tord de rire et est plié en deux. En répétant tabarnak, tabarnak, les larmes lui viennent aux yeux. Angélique cherche une petite boite scellée qu’elle camoufle dans ses cheveux et en verse le contenu sur la tête de Kim Junk un. Les poux de tête en sortent ravis et se frayent un chemin dans sa chevelure pour se nicher, certains se sustentent près des oreilles, d’autres dans la nuque. Les poux communément appelés La dynastie des Kill (par Di)« morpions » se dirigent au sud et s’arrêtent au nombril pour le contempler avec admiration. Elle cherche une autre boite qu’elle ouvre et saupoudre sur le lit. Des puces sautent partout, heureuses de trouver un lit moelleux où dormir le jour et s’alimenter grassement pendant la nuit. Puis elle cache les boites sous son lit et Jonas balance les bras en attendant que Kill Jong-un commence à se gratter au sang.

     

    -    Ce chat est en réalité un vrai matou. Attention à vous, dit Jonas.

    -    Il pourrait facilement tuer deux ou trois nains avec sa queue, dit Angélique.

     

    Trois jours après leur retour dans le présent, Jonas lit un article dans le journal : Hé Angélique, on a failli passer de l’autre bord de la vie sans passer par le cimetière… Deux heures après notre départ de la Chicorée l’ex-favorite de Kill Jonk un et des collègues ont été exécutés pour moins que poux et puces devant leurs familles étaient à l’exécution et ont toutes été arrêtées pour crime par association. 

     

    La dynastie des Kill (par Di)

     

    -    Ah Jonas, j’ai envie de pleurer sur la cruauté des humains.

    -    Moi aussi. Alors je reste avec toi jusqu’à demain. On va se faire un bon repas et on parlera toute la nuit.

     

     

    La dynastie des Kill (par Di)

     

                  

      Di

     

     

     


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  • Rapports de mission de l'équipe « à » Fifi, annotés par le Pacha.

     

    L'équipe à Fifi chez le grand Inca    par Lénaïg

     

    La mission est-elle réussie ? Nous le découvrirons progressivement, au fil des rapports des uns et des autres. En quoi a-t-elle consisté ? Un appel à l'aide d'une petite fille nommée Cochica est parvenu aux grandes oreilles de la TEF et surtout de l'Oignon, ce dispositif hautement mystérieux, à l'apparence d'une grosse montre ancienne à gousset. Un appel à l'aide qui se jouait du temps et de l'espace ! Un appel venu d'il y a environ dix mille ans. Que disait cet appel ? « Ils veulent me tuer ! Je veux vivre, je ne veux pas me laisser faire ! ». D'où ? La est la grande question. Selon les premiers résultats des enquêtes préliminaires, d'une autre planète que la Terre ! Dans une cité bien similaire à l'ancien empire inca du Pérou, perchée sur une montagne dépassant cinq mille mètres d'altitude … La mobilisation de toute l'équipe a été nécessaire et le voyage n'a pu se faire par téléportation simple (enfin, façon de parler) : l'avion Falcon7X a repris du service pour l'occasion, transformé en vaisseau spatial par la grâce de l'Oignon, à son bord, fonctionnant à plein rendement et brillant d'un éclat à peine supportable à la vue.

     

    Répartition des tâches :

    • le chef de mission, Fifi Desmoulins

      et le pilote du Falcon 7X Galli Nassey, en fait militaire en retraite et agent secret, envoyés au palais du Grand Inca 7X (ainsi surnommé du fait qu'il a 5 x dans son nom et que son nom complet est imprononçable quand on n'y est pas habitué), oui, donc, chez le Grand Inca gravement malade, en tant que visiteurs étrangers porteurs d'onguents extraordinaires.
    • La garde du corps de Fifi, Gloria Lightfeather (déchargée du soin de Fifi par la présence de Galli) et le perroquet Quentin Desmoulins affectés à la recherche de la fillette en fuite.
    • Le copilote Bernard Tichaut d'astreinte aux commandes du Falcon 7X en orbite autour de la planète, en liaison aussi fréquemment que possible avec les différents membres de l'équipe descendus par téléportation simple.
    • L'athlétique stewart guadeloupéen, Lambert Séraphin chargé de protéger la famille de la petite Cochica et d'éloigner les sbires du palais ainsi que tous les importuns.

     

    A tout seigneur tout honneur, connaissant la légendaire susceptibilité des perroquets (à laquelle Quentin n'échappe pas), le Pacha a choisi de présenter d'abord le tout premier rapport de mission du perroquet ! Ceci est tout à fait mérité.

     

    Rapport n° 1 de Quentin Desmoulins, perroquet gris du Gabon de son état, doté d'une mémoire d'éléphant, très savant (au-delà de ce qu'on pourrait imaginer), conservant néanmoins des habitudes et des façons de s'exprimer propres aux perroquets, ceci en raison d'une bonne dose d'humour englobant les autres et lui-même ! Quentin, par exemple, ne se désigne jamais par « je » mais par « Coco » ! Il parle toujours à la 3ème personne du singulier, même quand il n'est pas sous couverture ni en mission (une précaution qu'il a prise pour ne jamais se faire prendre et toujours passer pour plus « bête » qu'il n'est.

     

    Crrroooc, ouf ! Coco content que tout soit terminé ! Coco a donné le meilleur de lui-même et a frôlé la mort de près, entre les serres d'un condor mastodonte ! Fifi avait perçu l'appel mental de la petite Cochica et avait désigné à Coco une direction, vague certes, dans la montagne. Coco en était à son énième vol de reconnaissance, particulièrement haut celui-là, entièrement concentré sur son orientation aux vents et surtout scrutant le sol de toute l'intensité de son regard perçant, lorsque ce bestiau infernal lui a plongé dessus et l'a capturé ! Une farouche femelle ! Et plop ! Déposé, Coco, comme un vulgaire paquet dans l'aire du monstre, au milieu des petits encore très laids, la peau encore à moitié nue et les plumes rares, claquant du bec ! Heureusement, grand a été l'effet de surprise : je suppose qu'un cadeau de cette taille et bien remuant comme Coco n'aboutissait pas souvent dans leur nid, ils se sont tous écartés, plutôt effrayés ! Avant qu'ils ne reprennent leurs esprits et qu'ils se rapprochent pour le déchiqueter, c'est Coco qui ai eu la présence, d'esprit, d'entamer le grand air des bijoux de la Marguerite du Faust de Gounod, façon Bianca Castafiore au mieux de sa forme, ce qui n'est pas peu dire ! De saisissement, la mère s'est envolée, tandis que ses « petits » se sont éparpillés, morts de terreur et de douleur auditive (peut-être, là Coco n'a pas cherché à se vexer qu'on n'apprécie pas sa prestation) ! L'un des oisillons est tombé par-dessus bord et la maman s'est dépêché de le repêcher, puis de rassembler les autres …

     

    Coco n'a pas attendu son reste et, pfuittt, s'est enfui à tire d'ailes et s'est planqué entre deux rochers pendant un bon quart d'heure. Pendant ce quart d'heure, Coco s'est demandé comment Fifi et Galli s'en sortaient, au palais du Grand Inca 5X malade. Coco a soupesé la chance qu'il a eu d'en réchapper, ce qui n'a pas été le cas de deux hommes adultes, sacrifiés sur les autels de pierre au pied du temple, le cœur arraché en offrande aux dieux … Et dire que c'était la petite Cochica qu'on voulait maintenant sacrifier de cette façon, la L'équipe à Fifi chez le grand Inca    par Lénaïgsanté du Grand Inca ne s'étant toujours pas améliorée ! Même de loin, Coco a senti l'odeur insupportable du sang versé, Coco a été très perturbé sur l'épaule de Gloria qui a fait tout ce qu'elle a pu pour le calmer quand ils observaient de très haut et cachés par les broussailles, l'admission de Fifi et Galli dans le palais. Ce souvenir horrible a fait ressortir Coco de sa planque, prudemment, mais quand il a repris son envol, étonnamment, plus aucun méga-condor n'a cherché à l'inquiéter ! Ils avaient dû se passer le mot qu'un volatile étrange était à fuir comme la peste et surtout pas à envisager comme proie !

     

    Ô joie ! Quand Coco Quentin a de nouveau aperçu Gloria, elle avait la viscache dans les bras ! Gloria scrutait les airs désespérément, elle pleurait ! Ses jets de pierre n'avaient pas réussi à atteindre le méga-condor. Un premier soulagement pour tous les deux : Coco avait repéré la viscache de Cochica, seule, et Gloria l'avait approchée, pour l'amadouer lorsque le méga-condor était venu tout gâcher. Coco Quentin très content que la viscache ne se soit pas enfuie et que Gloria ait réussi à la saisir. La viscache n'a pas eu peur de Quentin longtemps : elle n'était sensible qu'à ce que Gloria lui répétait déjà inlassablement : Cochica ? Cochica ? Et lorsque Coco Quentin s'est mis à murmurer le nom à son tour, la viscache s'est débattue pour être reposée à terre et elle a filé, en zigzag, à travers les hautes herbes et les rochers, en se retournant pour les attendre par moments.

    A suivre !


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